C’est la fin de l’ère des politiques non conventionnelles de la Banque centrale européenne (BCE). L’institution dirigée par Christine Lagarde a annoncé ce jeudi que les achats nets de titres de créance prendront fin le 1er juillet. De plus, pour la première fois depuis plus de dix ans, les taux directeurs des banques centrales commenceront à remonter, sortant du territoire négatif. La première hausse aura lieu le 21 juillet, date de la prochaine réunion de politique monétaire de la BCE. La banque centrale a signalé une nouvelle hausse pour septembre qui pourrait être encore plus expressive, selon l’évolution de l’inflation jusqu’à cette date. Et, après cette date, le cycle de hausses se poursuivra, mais de « manière progressive ».

La hausse des prix, qui a porté le taux d’inflation de la zone euro à 8,1% en mai, prédisait déjà que la BCE devrait sortir de sa politique de taux d’intérêt négatifs et d’achats d’actifs pour tenter d’éviter de perdre le contrôle de l’inflation. Sur les marchés financiers, presque tout le monde pariait que lors de la réunion de ce jeudi, Christine Lagarde préparerait le terrain pour une hausse des taux d’intérêt, ce qui s’est confirmé.

C’est cette anticipation du début du cycle de hausse des taux d’intérêt dans la zone euro qui a conduit à des hausses importantes de l’Euribor et des taux d’intérêt de la dette publique ces derniers mois, signe fort que le service de la dette – tant pour l’État que pour les entreprises et les familles – exigera un effort financier plus important de la part des débiteurs. L’Euribor 6 mois, par exemple, est passé de -0,539% à 0,034% depuis le début de l’année. On s’attend à ce qu’ils continuent d’augmenter dans les mois à venir.

L’Euribor à 6 mois est déjà en valeurs positives
Source : Taux Euribor

Les taux des bons du Trésor à dix ans, en revanche, grimpent de 0,485 % à 2,643 % en 2022. Malgré la fermeture du cycle d’achats d’actifs, qui a permis de contenir les intérêts sur la dette souveraine dans la zone euro, la BCE continuera d’être attentive à l’augmentation excessive du coût du crédit dans certains pays du bloc économique afin d’éviter une nouvelle crise. La banque centrale continuera à réinvestir l’argent des titres de créance qu’elle détient. Et « en cas de reconduction de la fragmentation des marchés liée à la pandémie, les réinvestissements pourront à tout moment être ajustés de manière flexible dans le temps, par classes d’actifs et entre juridictions », précise l’institution dirigée par Christine Lagarde.

Par exemple, si la dette italienne ou portugaise est sous pression des marchés, la BCE peut utiliser l’argent d’un remboursement d’obligations allemandes arrivant à échéance pour acheter des obligations portugaises ou italiennes afin d’éviter une escalade des intérêts de ces pays.

Fin de l’argent gratuit

Jusqu’à fin septembre, les taux directeurs pourraient augmenter entre 0,50 et 0,75 point de pourcentage, a révélé la BCE

Avec une inflation de plus en plus éloignée de l’objectif de 2% de la BCE, la banque centrale a décidé d’ouvrir le jeu et de révéler son plan pour tenter de reprendre le contrôle de l’évolution des prix. Depuis plusieurs années, l’institution a ses taux directeurs à des niveaux historiquement bas : dans le cas de la facilité de dépôt – le montant appliqué aux banques qui déposent de l’argent auprès de la BCE – le taux est négatif -0,50 %. Dans le taux d’intérêt des principales opérations de refinancement – ​​les intérêts que la BCE prélève pour prêter de l’argent aux banques afin qu’elles accordent des crédits à l’économie – la valeur actuelle est de 0 %. En d’autres termes, de l’argent gratuit. Le taux de la facilité de prêt marginal est de 0,25 %.

En juillet, tous ces taux seront majorés de 25 points de base (0,25 point de pourcentage). En septembre, il y aura une nouvelle hausse qui pourrait atteindre 50 points de base, si les « perspectives d’inflation à moyen terme persistent ou se détériorent », a expliqué la BCE dans le communiqué sur les décisions de politique monétaire. À partir de cette date, la banque centrale « prévoit une trajectoire graduelle mais soutenue de nouvelles hausses des taux d’intérêt ».

Inflation : ap transitoirepersistant

Depuis les derniers mois de l’année dernière, l’inflation a montré des signes d’évolution bien au-dessus de l’objectif de 2 % de la BCE. À l’époque, Christine Lagarde et d’autres responsables de la banque centrale interprétaient ce phénomène comme transitoire, principalement motivé par les coûts énergétiques. Cependant, au début de l’année, et même avant l’agression russe contre l’Ukraine, certains signes indiquaient que le cycle de hausse des prix pourrait être beaucoup plus long que prévu. Le scénario s’est encore aggravé avec l’invasion ordonnée par Poutine, compte tenu du poids de la Russie et de l’Ukraine sur les marchés de l’énergie et de l’alimentation.

« Les pressions inflationnistes se sont généralisées et intensifiées, les prix de nombreux biens et services augmentant fortement. Les services de l’Eurosystème ont procédé à une révision considérable des projections de référence pour l’inflation. Ces projections indiquent que l’inflation restera excessivement élevée pendant un certain temps », reconnaît désormais la BCE.

Les économistes de la banque centrale ont été contraints de réviser à nouveau les estimations de l’inflation pour les prochaines années. « Les nouvelles projections préparées par les spécialistes de l’Eurosystème indiquent une inflation annuelle de 6,8 % en 2022, qui devrait diminuer à 3,5 % en 2023 et 2,1 % en 2024, ces valeurs étant supérieures à celles avancées dans les projections de mars. ”. Pour remplir son mandat, l’outil dont dispose la BCE est la hausse des taux d’intérêt, un moyen qui peut réduire l’octroi de crédit, la consommation et l’investissement.

Le risque est que ce faisant, la BCE ralentisse l’activité économique de manière à contribuer à une récession. Cependant, avec les informations actuelles, la banque centrale considère que « les conditions sont réunies pour que la croissance économique se poursuive, en raison de la poursuite de la réouverture de l’économie, d’un marché du travail solide, d’un soutien budgétaire et de l’épargne accumulée pendant la pandémie ». L’institution projette désormais une croissance de 2,8% du PIB de la zone euro en 2022, 2,1% en 2023 et 2,1% en 2024.