Le licenciement collectif de jusqu’à 250 salariés d’Altice Portugal, annoncé le 22 juin, n’a pas seulement généré une contestation de la part des structures représentatives des salariés du groupe. Le Bloc de gauche (BE) et le PCP veulent affirmer les responsabilités politiques inhérentes à la mesure de télécom dirigé par Alexandre Fonseca. Le Bloc a déjà interrogé le gouvernement, tandis que le PCP veut entendre le Front syndical au Parlement et a déjà interrogé Bruxelles sur la possibilité d’empêcher les entreprises ayant accès aux fonds européens de procéder à des licenciements.

Le Bloc de gauche a interrogé le gouvernement, posant quatre questions au ministre des Infrastructures et du Logement, Pedro Nuno Santos, qui supervise le secteur des télécommunications. Dans l’interpellation, BE accuse Altice Portugal de vouloir réduire les coûts « au détriment des travailleurs » et fait valoir que la justification de l’opérateur de télécommunications pour procéder à la mesure révèle « une attitude de non-coopération et même de chantage sur la politique de l’entreprise ».

Le parti dirigé par Catarina Martins défend donc la reconquête de l’entreprise dans la sphère étatique, car « il est urgent d’arrêter ce licenciement collectif et de modifier radicalement la stratégie extractive de l’administration d’Altice ».

En ce sens, les blocistes ont demandé à Pedro Nuno Santos s’il était au courant de la situation, si cela pouvait conduire à un « changement de stratégie [do Governo] pour le secteur des télécommunications au Portugal » et s’il existe « des raisons de marché, liées à la 5G », qui appuient la décision d’Altice Portugal.

Le PCP, quant à lui, a décidé de convoquer au Parlement les six structures syndicales qui composent le Front syndical Altice (SINTTAV, STPT ; SNTCT, STT, FE et SINQUADROS) et le comité des travailleurs pour enquêter sur les circonstances et les effets de la mesure de gestion par Alexandre Fonseca. Les structures représentatives des salariés d’Altice se rendront donc le 30 juin en commission parlementaire de l’Economie, de l’Innovation, des Travaux et du Logement.

Les communistes ont également décidé de porter le cas d’Altice Portugal devant le Parlement européen, cherchant à faire pression sur l’Union européenne (UE) pour qu’elle légifère afin d’empêcher le licenciement des entreprises ayant accès aux fonds européens.

Dans une question posée à la Commission européenne, le PCP précise que les arguments de l’entreprise utilisés pour justifier le licenciement collectif « ne correspondent pas au récit présenté lors de la publication des résultats 2020 d’Altice Portugal » – faisant référence qu’« en 2020, les revenus d’Altice Portugal ont augmenté ( …) et l’EBITDA progresse (…), ce qui traduit une solide performance dans la trajectoire de maintien du leadership et de croissance soutenue ». Les communistes notent également que le télécom « Il a reçu un financement communautaire, via la Fondation Altice et Altice Labs, d’un montant de plus de 11 millions d’euros », dans le cadre du programme des fonds européens Portugal 2020.

Par conséquent, en plus de demander quel est le budget total de l’UE reçu par les entreprises d’Altice à travers l’UE et quelle évaluation Bruxelles fait de la performance d’Altice, le PCP demande : « La Commission européenne est-elle disposée à proposer une initiative législative qui interdira l’accès aux fonds de l’UE ? aux entreprises qui ne pratiquent pas les normes sociales et sociales les plus élevées ? ».

Le président exécutif d’Altice Portugal, Alexandre Fonseca, a informé les travailleurs de l’entreprise de son intention de procéder à un licenciement collectif le 22 juin. Le processus formel de licenciement collectif va avancer dans les prochains jours, l’entreprise ayant l’intention de privilégier les départs volontaires par la négociation. Comme l’a écrit Jornal Económico, le processus couvrira jusqu’à 250 employés. Cependant, la direction d’Altice Portugal estime que le licenciement collectif ne touchera qu’une centaine de salariés, puisqu’il existe la possibilité de conclure des accords de rupture de gré à gré, avec une indemnisation plus avantageuse par rapport aux modalités d’un licenciement collectif.

La mesure a été justifiée par le PDG d’Altice Portugal avec « l’environnement réglementaire hostile, le manque de vision stratégique du pays, le retard continu, regrettable et profond de la 5G, ainsi que la mauvaise gestion de ce dossier et aussi les multiples graves décisions unilatérales d’Anacom et d’autres autorités, toujours couvertes par la tutelle, et qui au cours des quatre dernières années ont considérablement détruit la valeur ».

Les syndicats et le comité des travailleurs ont été informés de la décision dès le 22. A ce jour, le comité des travailleurs ne dispose toujours pas d’informations détaillées sur les travailleurs qui seront licenciés, les entreprises auxquelles ils appartiennent et les critères de sélection, comme déterminé par la loi.

La mesure a pris par surprise toutes les structures représentatives des travailleurs d’Altice, environ trois mois après qu’Altice ait accepté, en mars, le départ volontaire d’environ 1 100 personnes, dans le cadre du programme Pessoa.

Le Front syndical a cependant programmé une grève pour le 21 juillet et envoyé une lettre au Premier ministre, demandant une rencontre avec António Costa. La commission des travailleurs, à son tour, a demandé l’intervention du ministre Pedro Nuno Santos.

Tout en allant de l’avant avec un licenciement collectif pouvant aller jusqu’à 250 travailleurs, Altice Portugal a promis aux syndicats de rouvrir le dialogue pour une nouvelle révision de la convention collective, ouvrant la porte à des augmentations de salaire dans toutes les entreprises du groupe Altice Portugal.

Selon Altice Portugal, il y a actuellement 12.500 travailleurs ayant un lien direct avec le groupe, dont 5.500 ont été embauchés au cours des deux dernières années. Dans la même période, Altice Portugal a investi 100 millions d’euros dans les départs volontaires et les ruptures de gré à gré. Il y a trois mois, l’opérateur a accepté le départ volontaire d’environ 1 100 personnes dans le cadre du programme Pessoa. Le groupe compte actuellement, directement et indirectement, un total d’environ 17 000 travailleurs.