Il y a une particularité de la vie portugaise qui en dit long sur ce que nous sommes en tant que pays et en tant qu’économie. Il n’est pas facile de trouver un autre pays développé dans lequel le Budget de l’Etat est aussi attendu, discuté et valorisé qu’il l’est au Portugal. L’économie d’un pays, c’est bien plus que de choisir où l’État dépensera et quels impôts il percevra. Mais cette notion portugaise de considérer l’OE comme les tablettes des commandements qui régiront nos vies l’année suivante dit tout : nous sommes un pays accroché à l’État, un État qui aime nous y accrocher.

La proposition d’OE pour 2022, qui vient d’arriver au Parlement tard dans la nuit, fait tout pour discréditer cette aura de document fondamental et décisif dans notre sens. Pour la simple raison que c’est une série de rôles où il n’y a vraiment pas de sens.

Les mesures sont nombreuses, l’écrasante majorité d’entre elles n’ayant aucun impact budgétaire pertinent. António Costa a voulu (et a également été contraint, pour que l’OE passe) de donner un peu à tout le monde, dans un exercice typique d’envoyer de la monnaie sur la table pour faire taire tout le monde, qui s’empresse de mettre la pièce dans sa poche. Mais c’est l’autre face de ne pas prendre d’options, de ne pas faire de choix décidés et déterminés : comme il n’y a en fait pas de priorités, distribuez ce qu’il y a à tout le monde, et allez au bingo.

António Costa a voulu donner un peu à tout le monde, dans un exercice typique d’envoyer de la monnaie à table pour faire taire tout le monde, qui se précipite pour mettre la pièce dans sa poche

Il y a de bonnes mesures. La fin de la rémunération spéciale sur compte est positive – que ce bureaucrate de Frankenstein mourant qui n’a depuis longtemps aucun sens décède enfin. Ne serait-ce que par effet de simplification, de disparition d’une étape de plus dans la bureaucratie fiscale, cela mérite des applaudissements. Le financement des enfants en situation d’extrême pauvreté est une bonne mesure et a une dimension financière, avec du muscle. Et personne ne peut être contre l’augmentation des pensions de pauvreté.

Pour les entreprises, il y a peu, et sans expression monétaire, c’est-à-dire que cela ne se fera même pas sentir. Les mesures ne sont même pas fausses, elles sont tout simplement loin de faire une réelle différence dans leur vie. Cela sert, voilà, à dire que quelque chose a aussi été donné à ce segment.

Les changements dans l’IRS sont également positifs, mais l’impact sur la vie de l’écrasante majorité des contribuables est faible. Et c’est une étape importante dans ce budget. Il refuse tellement de faire des choix et de les accepter, a tellement envie de donner à tout le monde sans réel critère, qu’il finit par devoir partager ce qu’il a à leur donner. Et ce n’est pas cette demi-douzaine d’euros (dans certains cas, moins) dans votre poche qui va structurellement changer quoi que ce soit.

Et puis il y a du pur non-sens. Il nous a fallu des mois pour discuter de la fameuse agrégation obligatoire des revenus des contribuables au bas de l’IRS. Ce qui reste est une version flétrie de cette ambition initiale (qui était déjà fausse), et maintenant elle ne couvre que les retours « spéculatifs ». Face à un marché national des capitaux en situation très difficile – une difficulté publiquement reconnue par le ministre Pedro Siza Vieira – la seule mesure prise sur le marché est de pénaliser l’imposition de ceux qui réalisent des plus-values ​​en moins d’un an. Mieux encore, ils parviennent à qualifier cet investissement de « spéculatif ». Cerise sur le gâteau, le gouvernement, avec cette mesure, espère débourser un impressionnant 10 millions d’euros. Autrement dit, en langage budgétaire, moins que la poussière sur les portefeuilles des Finances. Pour satisfaire le PCP, le gouvernement envoie ce terrible message aux investisseurs et à la bourse, et au final lève une somme misérable. Valoir la peine?

C’est aussi un budget fatigué et paresseux. Rien d’étonnant ici, rien d’audacieux, aucune mesure qui ait la moindre intention de transformer structurellement notre économie. Car cela impliquerait de faire des choix, ce qui les obligerait à leur tour à « mettre toute la viande dans le torréfacteur » de ces priorités, ne pouvant pas rendre la monnaie à tout le monde. Mais cela s’appelle gouverner, prendre des décisions.

Rien de surprenant ou d’audacieux ici, aucune mesure qui ait la moindre intention de transformer structurellement notre économie

Le gros élément du budget, le bazooka dans la salle, est le PRR, là où se trouve l’investissement. Mais jusque-là, on le sait, les rêves de transformation de la société, les lendemains qui chantent, étaient assujettis à la priorité de la modernisation… de l’appareil d’État. On parle donc bien de nous.

Mais poursuivons cette conversation : des millions et des millions vont être dépensés pour moderniser la machine d’État (et c’est nécessaire, en fait) ; Les dépenses de l’État pour les seuls salaires augmentent de 780 millions d’euros en 2022, pour atteindre un total annuel de près de 26 milliards d’euros ; et il n’y a pas un mot sur une réduction du nombre de fonctionnaires. Mais si nous allons investir dans la technologie pour rendre les services plus efficaces, allons-nous continuer à avoir besoin de tous les employés que nous avions jusqu’à présent ? Où est, après tout, l’efficacité ? Un autre sujet que le budget choisit de ne pas aborder.

Car voilà, cela impliquerait de faire des choix, de parier sur quelque chose (que ce soit les entreprises, les enfants, le problème démographique ou les pastels de nata) et naturellement de décevoir ceux qui n’ont pas eu leur part.

Ce n’est pas forcément un mauvais budget. Mais c’est loin d’être un budget qui commence même à régler nos problèmes structurels. Il n’y a rien ici qui, de manière structurelle, rendra notre pays plus riche. Il a une logique assistencialiste, mais il n’entend pas créer les conditions pour cesser d’être assistencialiste, et pour que les gens puissent s’aider eux-mêmes. Et donc, c’est un exercice de gestion actuelle, dans un pays qui est en gestion actuelle depuis trop d’années, et qui perd de la compétitivité, à cause de cela.

Le timing est important, mais il n’y a pas de Tout ou Rien ici. Il y a, oui, un Tout & Rien. Nous voulions tellement aller dans toutes les chapelles que nous n’avons fait attention à aucune qui fasse la différence.

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