Si, en 2013, nous avons eu l’« énorme augmentation d’impôts », annoncée par Vítor Gaspar, le budget de l’État pour 2022 nous présente le « petit allégement fiscal ». Le document de référence pour les comptes publics comprend plusieurs évolutions de la fiscalité – très focalisées sur l’IRS – mais, au total, ces mesures représentent une baisse de seulement 360 millions d’euros soit 0,2% du PIB.

Entre son propre agenda, les revendications des partis de gauche avec lesquels il négocie le Budget et la nécessité de continuer à réduire le déficit, la formule trouvée par le Gouvernement pour gérer ces contraintes est une pulvérisation de mesures à l’expression budgétaire limitée et, en certains cas, presque symboliques.

Cela devient clair lorsque l’on regarde mesure par mesure. Côté recettes, le dispositif IRS présenté (splitisation en deux volets et élargissement de l’impôt sur le revenu des jeunes) est doté d’un budget de 205 millions d’euros. L’incitation fiscale au recouvrement, attribuée aux entreprises, représente 150 millions, et la suppression de l’Acompte Spécial, dix millions.

Côté dépenses, l’augmentation extraordinaire des retraites coûtera 76 millions d’euros et la nouvelle mesure de soutien aux enfants les plus défavorisés 70 millions d’euros. Les augmentations de la fonction publique s’avèrent être la mesure la plus significative du côté des dépenses, avec un poids de 310 millions d’euros si l’on ajoute d’autres évolutions de rémunération.

Ces chiffres semblent insignifiants au regard des 3,2 milliards d’euros de dépenses financées par le Plan de relance et de résilience (PRR). Les fonds communautaires aideront l’économie, mais n’auront aucun effet sur les comptes publics. Le PRR est mentionné des dizaines de fois dans le document et le gouvernement semble s’appuyer sur lui pour servir de méga-remorque pour la récupération.

Le renforcement de certains postes de dépenses et les mesures d’allègement budgétaire ne compromettent pas la réduction du déficit, le gouvernement comptant sur le couvert de la croissance économique pour lever la pression sur le déficit. Et, en 2022, cette aide sera encore plus importante que par le passé. Après l’une des plus fortes baisses de PIB jamais enregistrées en raison des effets de la pandémie, le gouvernement table sur une croissance de 5,5% en 2022 (4,8% en 2021). Si elle se confirme, ce sera la plus forte croissance depuis 1990 et s’accompagnera d’une baisse du taux de chômage à 6,5%.

Cela a toujours été la formule de Mário Centeno et celle que João Leão a poursuivie : les petites mesures d’aide ne suivent pas le rythme de l’économie. Bien que la fiscalité retienne beaucoup plus l’attention dans le débat public, les recettes sont relativement stables ces dernières années et c’est essentiellement par la maîtrise des dépenses que l’assainissement a pu être réalisé. Entre 2015 et 2019, le poids des recettes dans le PIB a baissé de 1,2 point de pourcentage, tandis que les dépenses ont baissé de 5,8 points.

Après le séisme pandémique, 2022 devrait apporter un retour à cette équation. Le gouvernement s’attend à ce que les recettes totales passent de 44,8% à 43,6% du PIB, tandis que les dépenses devraient baisser de 49,1% à 46,7%. Les dépenses sont deux fois plus importantes que les recettes pour réduire le déficit.

« Pas de pas en arrière et pas de pas plus grand que la jambe. » C’est ainsi que le ministre des Finances a résumé la vision du gouvernement par rapport au budget. Lire : tout droit, mais lentement. Et il a laissé des messages aux partis de gauche du PS. « Tous les Portugais exigent de nous un sens des responsabilités et exigent dans la manière dont nous approuvons le budget. Avoir un budget qui répond aux problèmes qui se posent dans le pays pour l’année prochaine, mais aussi avec un sens des responsabilités et de la crédibilité », a-t-il déclaré.

Le gouvernement appelle à la « prudence » et s’inquiète d’une évolution du contexte européen

Le gouvernement s’inquiétera d’un éventuel changement de contexte au niveau européen, soit en raison d’une attitude différente vis-à-vis de la discipline budgétaire, soit d’un retournement ou d’un recul de la politique monétaire qui a été assez favorable au Portugal, pays avec l’un des pays les plus publics dettes dans le monde (123 % du PIB en 2022). João Leão a assumé le besoin de « prudence ». « Sans certains comptes, il n’y a pas d’avenir », a-t-il souligné.

Cette prudence se traduit par exemple par le maintien de l’objectif de 3,2% du PIB pour le déficit, même avec une croissance beaucoup plus rapide qu’attendu. Autre signe d’une telle « prudence », le Budget de l’État 2022 apporte un allègement du solde structurel, signe qu’il prélève plus sur l’économie qu’il ne stimule. Le ministre le justifie par la disparition de certaines mesures d’urgence et par l’existence d’un PRR qui tire sur l’économie, mais sans pénaliser le déficit. « C’est le budget qui donne le plus gros coup de pouce macroéconomique de tous les temps », a assuré Leão.

allégement de l’IRS
Nous confirmons la répartition des troisième (10 à 20 mille euros) et sixième (36 à 80 mille euros) niveaux IRS pour l’année prochaine et, enfin, nous découvrons combien cela coûtera. Entre cette mesure et l’élargissement de l’IRS pour les jeunes, le Budget de l’Etat 2022 estime que l’Etat perdra 205 millions d’euros de recettes, soit environ 0,1% du PIB. Lors de la présentation du document, le gouvernement a semblé plus soucieux d’assurer aux Portugais que personne n’aura d’augmentation d’impôts l’année prochaine, répétant ce message plus d’une fois.

Les comptes de l’OE suggèrent que les contribuables gagneront entre 1 et 195 euros par an avec ce changement. Si le précédent examen des paliers s’était concentré essentiellement sur les revenus les plus bas, cela a tendance à profiter aux contribuables les plus élevés dans la pyramide des revenus (rappelons que près de la moitié des contribuables ne paient pas d’IRS). En termes relatifs, le salaire net peut augmenter de 0,5 pour cent au maximum.

La possibilité de relever le minimum d’existence est encore ouverte, seuil en deçà duquel l’IRS n’est pas payé. Quelque chose qui, ces dernières années, a été défini dans la discussion dans la spécialité.

Toujours sur l’IRS, après des semaines d’actualités et de débats, l’agrégation finit par apparaître dans une version minimale. A l’extérieur se trouvent les loyers et les intérêts, qui étaient la principale source d’inquiétude et de critique. La totalisation ne devient obligatoire que pour les plus-values ​​(en actions par exemple) détenues depuis moins d’un an et uniquement pour celles de la tranche d’imposition la plus basse (supérieure à 75 milliers d’euros). Les contribuables dans cette situation ne peuvent plus imposer ces revenus au taux de 28%, et les taux progressifs de l’IRS leur sont appliqués. La mesure doit être essentiellement symbolique. Le ministre des Finances a hésité à donner une estimation des recettes, finissant par parler d’une dizaine de millions d’euros.

Administration publique
Les dernières semaines ont été des montagnes russes pour les fonctionnaires. La ministre de la Modernisation de l’État et de l’Administration publique a déclaré qu’il n’y aurait pas d’augmentation et, trois jours plus tard, elle les a déjà admises. L’OE confirme : en 2022, il y aura une mise à jour des salaires de la fonction publique de 0,9%. Couplée à d’autres mesures de valorisation des rémunérations, cette mesure coûtera 310 millions d’euros.

Il est à noter que, bien que l’augmentation des salaires soit de 0,9%, selon le gouvernement, le salaire moyen des agents de l’Etat augmentera de 2,5%, suite aux évolutions de carrière, aux promotions et aux révisions. Le supplément pour le service des forces de sécurité devrait tripler, par exemple. En outre, les techniciens supérieurs bénéficieront d’une augmentation de 50 euros du salaire de base pour le début de leur carrière, cherchant à encourager l’embauche de personnel plus qualifié pour l’administration publique.

Entre les hausses de salaires et les embauches que le gouvernement promet de continuer à faire, la masse salariale de l’Etat devrait augmenter de 3,1% soit plus de 780 millions d’euros.

Ces embauches sont un élément important du renforcement de 700 millions d’euros que l’exécutif promet pour le NHS en 2022.

aide sociale
C’est peut-être le domaine où l’OE, même avec des fonds limités, parvient à faire la plus grande différence : la pension alimentaire pour enfants. La déduction fiscale pour le deuxième enfant, qui était déjà de 900 euros pour les enfants jusqu’à 3 ans, sera appliquée jusqu’à 6 ans. Par ailleurs, un nouvel instrument appelé « Garantie Enfance » est créé, qui prévoit que les parents de chaque enfant ou jeune jusqu’à 17 ans percevront, via les allocations familiales (1ère et 2ème tranches) et le supplément, 50 euros par mois. Ce montant passe à 100 euros s’il s’agit de familles en situation d’extrême pauvreté. La mesure sera progressive et, en 2022, débutera respectivement à 41 et 70 euros.

João Leão l’a qualifié de « paquet d’allocations familiales le plus ambitieux de tous les temps », ce qui permet au Portugal de « passer en haut du tableau en apportant un soutien plus important aux enfants menacés de pauvreté ».

Le PRR est de loin le poste le plus pertinent parmi les politiques budgétaires.

Toujours dans l’aide sociale, les retraités bénéficieront d’une nouvelle augmentation exceptionnelle de dix euros pour les retraites jusqu’à 658 euros. Cependant, il ne sera achevé qu’en août, comme cela s’est produit par le passé. Un moyen de limiter l’impact budgétaire de la mesure. Hormis les retraites les plus basses, la grande partie des retraites (jusqu’à 878 euros) sera actualisée en fonction de l’inflation.

En dehors du cadre budgétaire, le Gouvernement s’est engagé à une nouvelle augmentation du salaire minimum, sans en mentionner de montant.

Investissement public et PRR
C’est le domaine le plus pertinent et celui qui contribuera le plus à stimuler l’économie. Le PRR représentera 3,2 milliards d’euros d’investissements et de dépenses à réaliser en 2022, soit l’équivalent de 3 % des dépenses totales de l’État.

L’un des talons d’Achille du gouvernement au cours des dernières années de l’assainissement budgétaire a été l’incapacité à atteindre ses objectifs d’investissement public. De telle sorte qu’en 2020, le niveau d’investissement était encore inférieur à la dernière année du gouvernement de Pedro Passos Coelho. En 2021, alors que le PRR était partiellement sur le terrain, cet objectif a échoué : les investissements ont augmenté moins que prévu. « Bien que le PRR ait déjà commencé sur le terrain en 2021 […], l’année 2022 sera la première année complète de mise en œuvre du PRR », peut-on lire dans le Budget de l’État 2022.

Pour l’année prochaine, l’objectif est assez ambitieux : 29% de croissance. Le fait de s’appuyer fortement sur le PRR donnera au Gouvernement une motivation supplémentaire pour exécuter : cet argent ne pénalise pas les comptes publics portugais et, s’il n’est pas utilisé à temps (jusqu’en 2026), il sera perdu. En revanche, une exécution en deçà des objectifs pourrait compromettre la stratégie budgétaire, comme l’avait déjà prévenu le Conseil des finances publiques.

L’investissement public portugais, qui figurait en bas du classement en Europe, devrait atteindre 3,2% du PIB en 2022, se rapprochant enfin des niveaux de 2011, avant la crise.

Une tranche décisive de l’investissement public en 2022 sera appliquée à des projets à dimension structurelle. C’est clairement le cas du chemin de fer (469 millions), de l’extension du réseau de métro de Lisbonne, Porto et Mondego (408 millions), d’une série de nouveaux hôpitaux (Lisbonne orientale, Seixal, Sintra ou Alentejo jusqu’en 2023) et de l’école numérique. .

Entreprises
Ces derniers jours, le gouvernement semble avoir tenté de promouvoir l’aspect plus entrepreneurial de ce budget, avec plusieurs déclarations, notamment du Premier ministre, sur l’importance des mesures incluses dans ce domaine. Cependant, également dans ce cas, son expression budgétaire est limitée, ce qui suggère que l’effet pourrait également l’être.

Il existe deux mesures centrales : la création de l’Incitatif fiscal à la relance (IFR) ; et la fin de l’Acompte Spécial (PEC). Dans le premier cas, l’objectif est de stimuler l’investissement au premier semestre 2022, permettant aux entreprises de déduire un pourcentage plus élevé de ces dépenses dans la limite de cinq millions d’euros. Il coûtera 150 millions d’euros. La fin du PEC représente une perte de revenus de seulement dix millions.

Ensuite, il y a encore une série de petites mesures, comme la réduction de la fiscalité autonome, le soutien aux synergies entre les universités et les entreprises ou l’exonération des brevets. Il y a aussi 1,3 milliard d’euros pour accompagner et capitaliser les entreprises, à travers le Fonds de Capitalisation et de Résilience.

Le budget de l’État 2022 confirme également l’injection de près d’un milliard de TAP, ne renvoyant aucun fonds à Novo Banco.